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   Lentement, Elwyn se remettait de sa blessure mais ses proches avaient compris que cela prendrait encore du temps avant qu'il ne soit complètement guéri. Roswyn, quant-à-elle, déjà sur pied depuis quelques jours, s'apprêtait à prendre le chemin qui la conduirait à Ixos où elle irait passer un moment chez Manon afin d'y achever sa convalescence.

   Avant de partir, la jeune femme avait tenu à rencontrer un marchand venu d'Ethyria. Celui-ci proposait de nombreuses et différentes pièces de tissu de toutes couleurs et de toute qualité ainsi que divers bijoux de fantaisie qui intéressaient grandement les jeunes filles ainsi que les femmes Elfes qui l'entouraient.

   Dès qu'il aperçut Roswyn, le regard de l'homme s'éclaira un peu plus, puis, faisant semblant d'ignorer la présence de la soeur de Bertrand, il continua à vanter la qualité de ses marchandises auprès des femmes qui conversaient dans un joyeux brouhaha.

   Se rapprochant de l'homme, Roswyn lui demanda :

   - Holà, marchand, puis-je voir les tissus que tu nous apportes de la capitale ?

   Faisant semblant d'être tout étonné, l'homme répondit :

   - Mais bien entendu gente demoiselle, pardonnez-moi de ne pas vous avoir aperçue plus tôt, il est vrai que je ne m'attendais pas à rencontrer une aussi charmante et jeune humaine dans un village elfe !

   Ignorant les compliments du marchand, la soeur de Bertrand prit le temps d'admirer les diverses pièces que lui déballait celui-ci et acheta quelques superbes voiles qu'elle désirait offrir à Ellawen et à sa mère Manon.

   Après ses achats, Roswyn s'était retirée auprès de son ami, toujours alité et lui avait dit :

   - Repose-toi bien et reprends des forces, je ne passerai que quelque temps à Ixos et je veux te voir sur pied à mon retour. Plaise à la déesse Ellen que cette fois nous puissions partir à la recherche de son collier afin de le remettre aux Maleel-aels !


   Un peu plus tard, après avoir embrassé Elwyn ainsi qu'Ellawen et fait ses adieux à Aethelwyn, la jeune femme montait dans un chariot qui devait la conduire à Ixos. Une dizaine d'archer elfes l'accompagneraient pendant son voyage. Le marchand d'Ethyria, toujours occupé à vendre sa marchandise auprès des Elfes, regarda le convoi s'éloigner puis, interpellant une jeune Elfe, lui demanda :

   - La belle humaine rentre également à Ethyria, sans doute ?

   De bonne foi et sans malice aucune, l'Elfe répondit :

   - A Ethyria ? Non, je ne crois pas... Je pense qu'elle se rend pour quelque temps chez sa mère à Ixos.

   L'homme ne répondit pas mais sembla réfléchir. Un léger sourire apparut sur son visage et dans son for intérieur il pensa :

   - Le capitaine Hubert avait raison, cela ne peut être qu'elle... Si le duc parvient à l'enlever, ma fortune est faite !

   De retour dans la capitale, le marchand se rendit immédiatement auprès de Gunther, le paysan d'Ilos nouvellement passé au service du duc, et lui dit :

   - Conduis-moi immédiatement chez le capitaine Hubert... Je sais où se trouve la princesse Edwyna !

   L'espion se frotta les mains, pensant sans doute à la juste récompense qui viendrait grossir sa bourse. Puis, s'exprimant à haute voix, il dit :

   - Ah, damoiselle Roswyn ! Vous et votre famille irez bientôt pourrir dans les geôles du nouveau roi !

   S'adressant au marchand, il lui dit :

   - Toi, tu restes ici. Je porterai moi-même la nouvelle au capitaine... Il n'est pas bon qu'il sache que trop de monde soit au courant de cette nouvelle... C'est à moi qu'il a confié cette tâche, mais sois sans crainte, tu auras ta part de la récompense !

   Irrité de la réponse de Gunther, le marchand pensa :

   - Espèce de fils de chien... Tu me fais faire cette recherche et tu comptes sans doute en retirer tous les bénéfices... Tu me le paieras !
 

    Arrivée à Ixos, Roswyn se rendit immédiatement chez Manon. Celle-ci accueillit sa fille adoptive à bras ouverts et lui posa mille et mille questions au sujet de sa santé et sur la santé d'Elwyn.

   - Vous auriez pu être tués tous les deux... Si Aethelwyn pense que les Tes-elwens ne seraient pas étrangers à cet attentat alors il vous faut redoubler de prudence, je ne voudrais surtout pas qu'il t'arrive malheur.

   - J'ai de plus en plus l'impression que nos ennemis sont partout tout autour de nous, répondit la jeune femme. Mais je suis venue pour encore prendre quelque repos ici auprès de toi. Bientôt, Elwyn et moi allons continuer notre quête concernant les bijoux de la déesse et lui, qui a reçu une flèche dans l'épaule, mettra certainement encore du temps avant de se rétablir complètement.

   - J'espère que bientôt il sera sur pied. Je sais qu'il t'a toujours protégée jusqu'ici et même sauvé la vie à plusieurs reprises... Quant-à-moi, je suis tellement heureuse de t'avoir ici auprès de moi pour un moment.

   Ces paroles, prononcées par sa mère, firent sourire Roswyn. Puis, regardant tout autour d'elle comme si elle cherchait quelqu'un, elle demanda :

   - Mais je ne vois pas mon frère... N'est-il pas ici ?

   - Tu l'as manqué de peu, répondit Manon. Il est parti hier vers Sybaris afin de s'embarquer pour l'île de Phaéton.

   - Phaéton... Mais que va-t-il donc faire là-bas !?

   - Il est parti à la demande d'Aethelwyw. Le druide ne t'en a donc pas parlé ?

   Un peu étonnée, la jeune femme répondit à Manon :

   - Non... Sans doute s'agit-il d'une mission spéciale dont s'occupe le frère d'Ellawen ? En tout cas j'espère que Bertrand n'ira pas encore s'empêtrer dans des situations dangereuses comme à son habitude. En tout cas j'ai entendu parler de son exploit à Sirgonia, il paraît que le gouverneur Theodorus ne tari plus d'éloges à son sujet.

   - Le seul désir de mon fils est d'épouser Blanche, répondit Manon, mais nous vivons des temps tellement troublés que je doute que ce mariage soit une priorité. Elisabeth et Aldebert ont retardé le leur pour cette raison.

   - Et comment se portent les nouveaux amoureux, demanda Roswyn, il faudra que j'aille leur rendre visite d'ici quelques jours ?

   - Ils vont très bien. Aldebert travaille énormément avec Ethiolas, on peut dire maintenant que grâce à ton frère, l'Alliance du Nord vient de grandement se renforcer !      

   - Et bien, il est heureux de constater que l'impétuosité de Bertrand lui aura, pour une fois, permise d'arriver à ses fins. La jeune Blanche m'était apparue charmante, certes, bien qu'un peu frivole, me semble-t-il.     


   - Voyons, Roswyn, répondit alors Manon, ton frère en est fou amoureux, cela le rend heureux, et je m'en réjouis. Mais toi-même, dis-moi, j'ai appris par Bertrand que tu avais un soupirant qui se lamente à Sirgonia et qui serait prêt à tout pour que tu consentes à l'aimer en retour ?

   Sans répondre, la fille de Manon se mit à penser à ce grand et bel homme avec qui elle avait échangé un long baiser sur un banc d'une place fleurie de Sirgonia. Un léger sourire apparut sur ses lèvres, puis, regardant Manon qui l'observait attentivement, se mit à rire et se jeta dans les bras de sa mère tout en versant quelques larmes.

   C'est alors que Manon comprit que le coeur de Roswyn était déchiré.

 


*   *   *

 

   L'Aigle des mers venait d'accoster dans le port de Cinaxa. Un jeune matelot, sac au dos, quittait l'embarcadère puis s'engagea dans une ruelle qui le conduisit jusqu'à une petite demeure peu engageante.

   Par trois fois il frappa à la porte et n'eut pas longtemps à attendre jusqu'à ce qu'un serviteur à l'aspect revêche vint lui ouvrir. Ce dernier regarda le nouvel arrivant en le dévisageant des pieds à la tête puis demanda :

   - Puis-je connaître le but de votre visite ?

   Sans aucun étonnement, le jeune homme répondit :

   - L'Elfe est dans le bois !

   L'habitant ouvrit alors toute grande la porte et dit :

   - Entrez, vous êtes attendu. Veuillez me suivre je vous prie.

   L'homme, suivi par le visiteur et tout en lui indiquant le chemin, monta des escaliers vermoulus qui craquaient à chaque pas puis s'arrêta devant une petite porte de l'étage supérieur. Il pénétra à l'intérieur d'une pièce à demi-éclairée par quelques chandeliers déposés sur des guéridons en bois. Au bout de cette pièce se dressait une petite table autour de laquelle étaient disposées quatre chaises à dossier haut. Une personne était assise sur l'une d'entre-elle et tournait le dos aux deux hommes. Le visiteur aperçut , dépassant du dossier de la chaise, une chevelure courte mais abondante, d'une couleur noir-jais.

   Dès que le serviteur eut refermé la porte, l'occupant des lieux se leva et se retourna lentement, ses yeux, d'un noir profond fixant le jeune homme avec attention. Celui-ci se trouvait en face d'une jeune femme d'une taille inférieure à la moyenne, habillée à la manière paysanne. Le visiteur pu remarquer sa grande beauté et ses courbes parfaites, il pensa que toutes les jeunes filles qu'il avait rencontrées jusqu'à présent étaient loin d'égaler la merveille qui se trouvait devant lui. Muet d'admiration, ce qui n'échappa pas à la belle, le jeune homme ne savait comment engager la conversation quand le personnage qui l'avait introduit dans la demeure dit en la présentant :

   - Damoiselle Eleonor, fille du gouverneur Gildric de Cinaxa.

   Se tournant vers le serviteur, la jeune fille lui dit :

   - Merci Thélion, laisse-nous, maintenant.

   Sans proférer une parole l'homme s'inclina et sortit de la pièce. S'avançant alors vers le jeune homme avec un large sourire, Eleonor lui dit :

   - Vous êtes Bertrand, l'envoyé d'Aethelwyn, je présume ?

   Sans parler, mais acquiesçant d'un signe de tête, le jeune homme répondit au sourire d'Eleonor. Celle-ci reprit :

   - Le druide m'a beaucoup parlé de vous et je sais que je peux vous faire confiance. Sachez que si j'ai accepté de vous aider c'est parce que je suis très attachée à la paix et que je sais que de graves événements se préparent un peu partout, ici et dans le royaume. Le général Hildebald, chef de nos armées à Phaéton à incité mon père, qui ne demande pas mieux d'ailleurs, à mettre en fabrication les nouveaux bâtons de feu qui ont été mis aux point par les mages de la Tour Blanche. Si cette arme venait à appartenir à un gouvernement quelconque, celui-ci deviendrait sans doute le maître absolu de tous les territoires du continent et je n'ose penser au terrible carnage qu'elle serait capable d'effectuer ?

   - J'ai appris qu'un plan était nécessaire à leur fabrication, répondit Bertrand.

   - C'est exact, continua Eleonor, mais je vous en prie asseyez-vous donc, nous serons plus à l'aise pour parler. Le druide a caché ce plan à l'endroit même où il a été enlevé par des contrebandiers à la solde du palais. J'ai donc accepté de vous y conduire sans attendre car j'ai appris que le général Hildebald allait également envoyer le chef de ces contrebandiers à la recherche du plan. Le seul avantage que nous avons sur eux est de connaître l'endroit exact où Aethelwyn a caché ce parchemin. Je connais parfaitement la région et, avec les renseignements précis que m'a fournis le druide, nous n'aurons, si les dieux sont avec nous, aucune peine à le retrouver. 

   - Si je comprends bien, dit le fils de Manon, en aidant Aethelwyn à récupérer le plan de cette nouvelle arme, vous agissez sans doute contre les propres intérêts de votre père et donc de Phaéton ?!

   - Ne croyez pas cela, dit la jeune fille. En empêchant notre gouvernement de pouvoir construire ces armes en grande quantité, j'oeuvre au contraire à préserver la paix. Je sais que Phaéton et Meruvia on souvent failli se faire la guerre et aujourd'hui le risque est plus grand que jamais !

   - Je comprends, répondit Bertrand. En acceptant d'épouser Norbert de Roncenoir, vous pensez sans doute à préserver ces deux pays d'une guerre ouverte mais ne craignez vous pas que malgré tout, les événements ne vous dépassent un jour ?

   - Je suis une Phaétonienne, dit alors Eleonor, et comme toutes les femmes de cette île, nous aimons notre pays et ne désirons que sa prospérité. Nous sommes capables de tout pour préserver son intégrité. C'est ainsi que j'ai accepté d'épouser le duc en toute liberté et je serai prête à en assumer toutes les conséquences. 

   - Vous êtes très courageuse et je vous admire, répondit Bertrand. Nous allons partir pour un petit temps, ne craignez vous pas que votre père ne s'inquiète de votre absence ? Etes-vous certaine qu'il n'aura vent de la destination vers laquelle vous allez vous rendre en ma compagnie et du but de ce déplacement ?

   - Ne vous inquiétez pas, je suis sensée être partie rendre visite à ma cousine de Naxos et lui faire l'annonce de mon prochain mariage. Je n'ai donc aucune crainte à ce sujet. Cependant, il ne nous faudra pas trop tarder à partir pour le centre de l'île, les contrebandiers à la solde du gouverneur devraient déjà être prévenus à l'heure actuelle. Leur chef doit se rendre incessamment au palais pour mettre mon père au fait de l'endroit où le druide a été enlevé et donc où le plan serait susceptible d'être retrouvé.

   - Partons-nous maintenant, demanda Bertrand ?

   - Nous attendrons l'entrée de la nuit pour débuter notre voyage, répondit Eleonor. Bien que je sois habillée en paysanne, je veux éviter d'être reconnue par l'une ou l'autre personne proche du palais. En outre, Thélion, qui est le frère de ma gouvernante Marguerite est parti quérir des provisions qui seront nécessaires à notre voyage ainsi que faire seller les montures que nous chevaucherons pour rallier le centre de l'île.

   Bertrand posa sur Eleonor un regard mêlé d'admiration et de crainte. Ainsi, cette jolie jeune femme, fille du gouverneur Gildric de Cinaxa, ne craignait pas de s'opposer à la politique de son père et se permettait même de vouloir en contrecarrer les plans ?!     

   Il demanda :

   - Savez-vous manier une arme ?

   La réponse étonna le fils de Manon :

   - N'ayez aucune crainte à ce sujet, je suis experte au yatagan et je puis m'en servir d'une main comme de l'autre. Je sais en manier deux, simultanément. Maintenant, je désirerais que nous puissions nous reposer un moment avant notre départ, Thélion sera sans doute de retour avec les chevaux d'ici deux à trois heures.

   Bertrand ne pu s'empêcher de comparer Eleonor à Blanche. A côté de l'énergique jeune fille qui se trouvait maintenant devant lui, la fille du gouverneur Theodorus de Sirgonia, lui paru soudain d'une frivolité exagérée.