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   Vingt-quatre heures s'étaient écoulées depuis leur départ de l'auberge quand Bertrand, Eleonor et Enoch, arrivaient, à l'aube, après un voyage sans autre désagrément, à l'endroit où Aethelwyn avait été enlevé. Le lieu fut exploré minutieusement, et particulièrement selon les indications du druide, le dessous des rochers qui entouraient la place. Bientôt, Bertrand qui en était à fouiller le sol sous la troisième roche, sentit un objet dur sous la main. Grattant la terre tout autour de sa découverte, le fils de Manon mit au jour un petit cylindre de bois recouvert de cuir. Tout en hélant la fille de Gildric qui le rejoignit très rapidement, Bertrand dévissa le couvercle du cylindre et plongea la main à l'intérieur de celui-ci pour en ressortir le fameux parchemin sur lequel était dessiné le plan d'un bâton de feu et où étaient sans doute écrits, dans la langue phaétonienne de l'Ere Première, tous les renseignements et explications nécessaires à sa construction.

   Tout heureux, le jeune homme s'écria :

   - Voici le plan caché par Aethelwyn, personne ne l'a donc découvert avant nous !

   S'avançant pour le regarder de près, Eleonor, après un court instant, répondit à Bertrand :

   - Il est écrit dans l'ancienne langue de l'île... A ce jour, très peu de monde en Phaéton ou à Meruvia pourrait en traduire le texte, sinon les mages de Tour Blanche, bien entendu.

   - Je savais Aethelwyn très érudit, continua le fils de Manon, mais de là, à ce qu'il puisse lire le phaétonien ancien ?!

   - En tout cas, ajouta la jeune fille, le principal est que nous l'ayons retrouvé et cela me soulage énormément de savoir que ce soit le druide qui va le récupérer et non une faction quelconque qui s'en servirait à des fins guerrières Quand j'ai appris que mon père allait activement rechercher ce document que réclamait Isembert, le Grand-Mage de Cinaxa, j'en ai eu des frissons dans le dos.

   - Je vais effacer les traces de l'endroit que je viens de mettre à nu, dit alors Bertrand. Ces quelques mousses et cailloux feront l'affaire et l'on n'y verra que du feu, personne ne pourra dire qu'il y avait quelque chose de caché ici.

   Un peu plus tard, pendant que Enoch montait la garde plus loin à l'extérieur,les deux jeunes gens, assis sur un petit rocher, conversaient amicalement , Eleonor étant très attentive aux propos que lui tenait Bertrand.

   - Aethelwyn m'avait dit que tu m'entretiendrais sur certains faits concernant le duc de Roncenoir, dit la jeune fille au fils de Manon. Tout ce que j'ai pu voir de lui est une grande attention et une extrême politesse envers les dames.

   A ces mots, un léger sourire apparut sur les lèvres de Bertrand. Il répondit :

   - Ton futur mari est peut-être très galant envers certaines femmes mais tu dois savoir que c'est un homme d'une très grande cruauté. Il n'a pas hésité à faire brûler vif plusieurs personnes, dont certaines de ma connaissance, dans la gueule de la statue de Baal, que son âme damnée, le sorcier Arethos avait fait ériger dans une place souterraine, un peu au nord du château dans le domaine de Roncenoir. Il a d'autre part fait dresser un échafaud sur la grand-place d'Ethyria où il fait rouer tous ses opposants avant d'ordonner leur pendaison par-devant les citoyens de la capitale.

   Eléonor écoutait tout en silence mais Bertrand pouvait voir le teint de la jeune fille devenir blême. Après être restée muette un long moment, la jeune fille répondit :

   - J'avais entendu parler de certains faits mais ce que tu me dis là est horrible... Je ne m'attendais pas à ce que Norbert fut aussi cruel !

   Le fils de Manon posa sa main sur celle de la fille de Gildric et ajouta :

   - Tu est terriblement belle mais aussi terriblement naïve... Quand je te regarde, il m'est difficile de comprendre comment tu as pu accepter de devenir l'épouse d'un tel homme ?!  Dans quel but veux-tu sacrifier ta jeunesse ? Pour aider le peuple de Phaéton ? Crois-tu que,une fois mariés, cet homme qui néglige et fait souffrir sa propre population t'aidera à apporter du mieux-être à la tienne ? Non, je ne le crois pas ! Je ne voudrais pas ajouter à ton inquiétude mais je peux te dire que tu as fait là une grave erreur de jugement !

   Eleonor prit la main du fils de Manon dans la sienne et la serra fermement tout en répondant :

   - Comment me sortir de cette situation, Bertrand ? Que puis-je faire maintenant ?! Mon père est fou de joie depuis que j'ai accepté d'épouser le duc et je le comprends; il espère certainement en recueillir certains avantages, il désire se sentir un peu plus libre vis-à-vis d'Ethyria.

   Après avoir achevé ces paroles, la jeune fille se mit à pleurer tout en posant sa tête sur l'épaule du fils de Manon. Un étrange sentiment de tendresse mêlé de tristesse envahit alors le jeune homme et il ne savait que répondre à Eleonor. Lentement, il caressa les cheveux de la fille de Gildric et la laissa déverser sa peine sur son épaule. L'image de Blanche qui se forma dans son esprit à cet instant s'évanouit presqu'aussitôt. Il cherchait un moyen d'aider Eleonor à se sortir de cette situation inextricable où elle s'était elle-même mise. Doucement, Il essuya les yeux de la belle, essayant de la réconforter comme il le pouvait, puis soudain, lui demanda :

   - Ta demande en mariage a-t-elle été faite de manière officielle ? Je veux dire le duc a-t-il rencontré ton père pour lui demander ta main ?

   - Pas encore, répondit la fille de Gildric, mais je sais qu'il doit venir à Cinaxa dans les prochains jours. Pourquoi cette question ?

   - Il y aurait peut-être un moyen de te sortir de cette situation, si tu es réellement décidée à ne pas épouser le duc.

   Pensive, la jeune fille répondit :

   - Je ne sais pas... Je ne sais plus... J'avais pensé que ce mariage aurait profité à mon peuple mais maintenant que je sais quel genre d'homme peut se révéler Norbert de Roncenoir, j'ai peur, Bertrand... J'ai peur... Mais quelle est donc cette idée à laquelle tu penses ?

   Le fils de Manon s'apprêtait à répondre à Eleonor lorsque Enoch accourut vers les deux jeunes gens en s'écriant :

   - J'entends des bruits de sabots dans le lointain, des cavaliers s'amènent par ici !

   Bertrand s'écria :

   - Aux chevaux, vite !

   Ramassant rapidement quelques affaires laissées sur le sol, les trois compagnons enfourchèrent rapidement leurs montures et partirent au galop dans la direction du nord pour tâcher de rejoindre la côte septentrionale de l'île.

   Il avaient à peine parcouru une centaine de mètres qu'un second groupe d'une dizaine de cavaliers se dressa menaçant devant eux. Déjà, les premiers chevaux entendus par Enoch quelques instants auparavant arrivaient à bride abattue derrière les jeunes gens afin de les encercler. Bientôt, Elmadj qui conduisait ce petit groupe leva la main pour ordonner à ses hommes de ralentir.

   Eleonor, reconnaissant le chef des contrebandiers, se pencha vers Bertrand et lui dit :

   - Sauve-toi, pars. Le parchemin ne doit pas tomber entre leurs mains !

   Rapidement, Enoch ajouta :

   - Eleonor a raison sergent... Fuyez, je vais faire une diversion en mettant à mal quelques-un de ces bandits !

   - Il n'est pas question que je vous abandonne, répliqua le fils de Manon, irrité. Nous nous battrons ensemble.

   Sans répondre, le géant frappa la croupe du cheval de Bertrand à l'aide du plat de son épée. L'animal se cabra, faillit désarçonner le fils de Manon, puis subitement, s'emballa et se lança, en galopant vers les montures à l'arrêt à une vingtaine de mètres de lui. Il bouscula trois de celles-ci qui firent tomber leurs cavaliers.

   - Trois hommes à sa poursuite, hurla Elmadj, tuez-le et fouillez-le. Rapportez-moi ce que vous trouverez sur lui !

   Puis, en désignant Eleonor et le géant, il dit :

   - Les autres, occupez-vous de ceux-ci !

   Sautant de son cheval, Enoch, saisissant sa large épée à deux mains faisait de terribles moulinets afin d'effrayer ses adversaires. Aussitôt suivi d'Eleonor, armée de ses deux yatagans, les deux compagnons s'apprêtaient à défendre chèrement leur vie alors qu'Elmadj, qui s'était avancé avec ses hommes, s'écria :

   - Qu'attendez-vous bande d'idiots ? Ils ne sont que deux et vous un vingtaine... Abattez-moi ce géant sans tarder mais je veux la fille du gouverneur vivante, vous entendez... vivante !

   - Le combat commença, rapide et sauvage. A l'aide de son épée longue, Enoch taillait à gauche et à droite, tranchant bras et têtes. De son côté, la fille de Gildric, maniant ses deux yatagans avec une grande expertise, envoyait également quelques bandits au tapis, la poitrine ouverte. Bientôt, la transpiration coulait abondamment sur le visage des deux compagnons, la fatigue se faisant rapidement ressentir. Cependant, dos à dos car complètement encerclés, ils continuaient à défendre chèrement leur existence. Malgré leur énorme courage, ils perdirent pourtant pied un moment plus tard et le géant s'écroula, frappé d'un coup d'épée au côté gauche. L'homme qui avait atteint Enoch voulut lui porter le coup de grâce quand Elmadj s'écria :

   - Non... Nous le garderons en vie... Le gouverneur voudra sans doute le questionner.  Emparez-vous de la fille, maintenant !

   Complètement épuisée, Eléonor jeta ses armes aux pieds d'Elmadj et lui cria, tout en lui jetant un regard haineux :

   - Espèce de chien... Si tu ne t'étais pas caché derrière tes hommes je me serais fait un plaisir de t'éventrer et te sortir les tripes ! Comment as-tu su que je me trouvais ici ?

   Aussitôt saisie par deux hommes, et tout en se débattant encore, la jeune fille fut traînée devant le chef et maintenue genoux à terre.

   Se baissant vers Eleonor, Elmadj la saisit par les cheveux et lui renversa brutalement la tête en arrière. Il répondit :

   - Tu sauras, ma belle, que je connais le but de ton voyage depuis que toi et tes compagnons avez fait halte au premier relais après Cinaxa. Un de mes amis t'a reconnue à l'auberge et m'a aussitôt fait informer. Maintenant, tu peux craindre la colère de ton père quand il apprendra tout ce que tu as fait jusqu'à présent car il n'y a plus de doute maintenant à ce que soit toi qui a aidé l'Elfe à s'enfuir de la capitale lors de ton voyage à Ethyria ! 

   Le regard d'Eleonor se fit haineux quand elle jeta au brigand :

   - Misérable... Un jour je te tuerai de mes propres mains !

   Un rire gras secoua alors le chef des contrebandiers, aussitôt suivi par des moqueries et vulgarités proférées par ses hommes.

   D'un geste brusque, Elmadj fit taire le petit groupe et s'écria :

   - Que l'on entrave le géant et la fille et qu'on les attache solidement chacun au travers d'un cheval, nous faisons route immédiatement vers Cinaxa.

   Un des bandits interpella son chef :

   - Et que faisons-nous de nos cinq hommes tués ?!

   - Pas le temps de s'en occuper, répondit Elmadj irrité. Les charognards s'en occuperont pendant la nuit. En route, maintenant !

   Pendant ce temps, Bertrand, qui avait remarqué que trois hommes le poursuivaient, filait à bride abattue vers le nord. Bientôt, le jeune homme remarquant qu'il avait pris une certaine avance sur les hommes d'Elmadj, sauta en bas de son cheval, l'attacha à un arbre et se cacha dans un des nombreux taillis environnants.

   Très peu de temps après, les bandits arrivaient près de l'endroit où la monture de Bertrand se tenait à l'arrêt, son cavalier ayant disparu.

   Un des contrebandiers se mit à vociférer :

   - Que Baal me damne... Où est donc passé cet idiot ? Fouillez les environs vous deux, il ne doit pas être bien loin !

   Puis, s'avançant vers la monture, il découvrit que le sac du fils de Manon y était resté attaché. Il l'ouvrit et en sortit le tube contenant le parchemin. Curieux, l'homme en dévissa le couvercle et sourit à la vue du plan que recherchait Elmadj. Il s'apprêtait à rappeler ses deux compagnons quand il entendit des cris et quelques bruits de bataille un peu plus loin derrière lui. S'apprêtant alors à rejoindre l'endroit d'où provenaient le cliquetis des armes, il vit soudain le fils de Manon sauter par dessus un bosquet, l'épée tachée de sang en main et se diriger vers lui à toute allure.

   - Espèce de chien, lança-t-il à l'endroit de Bertrand, tu vas le payer cher !

   Laissant alors tomber le tube contenant le parchemin, le voyou dégaina son épée et se lança à son tour vers le jeune homme. Ce dernier, très aguerri au maniement de l'épée, n'eut pas trop de peine à se défaire de son adversaire. Après quelques passes d'armes partagées d'égal à égal, le fils de Manon prit très vite le dessus, fit tomber son adversaire et pointait maintenant le bout de son arme sur la gorge de l'homme qui le suppliait de l' épargner.

   Sans ressentir aucun état d'âme, Bertrand lui dit :

   - Je regrette... Elmadj ne doit pas savoir que le plan existe !

   Puis il enfonça son épée dans la gorge du bandit qui, après quelques soubresauts, se raidit rapidement dans un dernier spasme. Le fils de Manon rejoignit ensuite sa monture, ramassa le sac tombé à terre et y replaça le précieux document. Avant de monter en selle, il pensa de nouveau à Enoch et Eleonor ; il savait que les bandits ne toucheraient pas à la fille du gouverneur mais il craignait pour la vie du géant. Enfourchant sa monture, il reprit sa route vers le nord, où, en quittant la forêt de Phaéton, il rejoindrait l'océan en passant par les plaines et se dirigerait alors vers Cinaxa en longeant la côte septentrionale de l'île. Arrivé dans la capitale, il s'y cacherait en attendant d'avoir des nouvelles de ses compagnons. Eleonor lui avait demandé de reprendre immédiatement la route vers Meruvia afin de mettre le précieux parchemin en sécurité auprès d'Aethelwyn mais le jeune homme, qui de plus en plus se sentait attiré par la fille de Gildric, ne pouvait se résoudre à quitter l'île sans savoir ce qu'il allait advenir d'elle.